Nostalgie
Mairie d'Ivry. Arrivant à l'immeuble aux toits obtus, je me rappelle chez mon ami, discutant dans la cuisine ouverte sur une petite cours aux pavés fleuris de province.
Il est éparse ce souvenir, en images qui se relient, tenues ensemble par une ambiance qui reste de ce jour passé, qui reste mieux que le reste, ambiance d'un jour se mêlant en d'autres, faisant le subtile apparent, en superposition sur les variables qui s'effacent. Le souvenir est une voix vers l'indicible.
Peu surprenante alors la force de la nostalgie, ce sentiment tout entier de tous les souvenirs, et sa place spirituelle, divine, dans le sentiment gnostique : exilés, gardant en nous, telle une promesse, la nostalgie de la lumière.
Nostalgie
Le téléphone a sonné aujourd'hui. C'était en réunion, dans la pièce d’à côté. La porte était ouverte. Trois sonneries, personne n'a décroché. Nous parlions d'une histoire compliquée, sérieuse. Cependant j’ai décroché, je n’étais plus là, dans un sentiment de agréable et grandissant de l'intérieur de moi, dans une duplicité de la pensée. C’était la même sonnerie il y a vingt ans, aujourd'hui relique, déjà, je ne m'en étais pas aperçu, je pressentais déjà alors qu'il y avait ici des souvenirs légendaires, souvenirs de souvenirs.
Je me suis récemment penché sur le contretent qui dessine l’indicible par son pourtour, par des associations dissemblables, suscitant en nous un lieu nouveau, espace de nouveaux possibles. Ici c’est la nostalgie, ce sentiment profond qui précède son intelligibilité, un sentiment constant, connu, familier, et si indescriptible. La nostalgie est brutale, réelle, elle se comprend après, c’est elle qui s’invite, véritablement. Comment la décrirais-je ? Elle est sombre comme un oubli. Les bribes ont été déchirées, lavées, excoriées, il ne reste qu’une forme de constance d’instants répétés, une ambiance, un détail, une luminosité. Il y a quelque chose du repos éternel, assez de temps est passé pour que le mort accède au repos. Il y a de la chaleur réconfortante des larmes. Il y a de la remontée au monde des idées, à la pensée de Dieu.
Où ai-je lu ça, la pensée de Dieu ? Peut-être dans le livre sur les Vierges noires que je n’utilise pas dans 6 tapisseries, je l’ai lu après. Dans ce livre, il y a l’idée d’un plan, d’une pensée, masculine, et de sa réalisation par une gestation et une délivrance, féminine. Ainsi la Vierge réalise la pensée, l’Intention, par l’incarnation christique. De là la Vierge que nous prions de prier pour nous, car elle est l’intermédiaire. Aussi Sophia, de la Pistas Sophia, Sophia et ses larmes. Nous ici-bas, sentons en ces instants de nostalgie l’appel vers la pensée divine, vers ce qui précède, par la nostalgie il y a de la parenté, de l’appartenance, de la confiance qui renforce la croyance, la réalité d’un vécu par l’ornement d’une aura.
Qu’est-ce que la gnose ? Certains vous parleront d’une forme de christianisme anarchiste, sans Dieu (dénonciation du démiurge), ni maître (refus de toute forme d'Église), celui des véritables chrétiens et de la parole véritable de Jésus, celle des Évangiles, les canoniques surtout celui de Jean. Peut-être aussi les apocryphes, mais ils sont si nombreux et si longs à lire. D’autres évoqueront les principaux questionnements : d’où est-ce que je viens (le plérôme), qui suis-je (rencontrer son âme), quelle est ma mission ici (me souvenir du plérôme), que faire de ma vie sur cette terre de désolation et d’oubli ? Je n’ai rien contre, mais je simplifierais : la gnose est la nostalgie de la lumière. Là où on parle de sentiment gnostique, on parlerait aussi bien de nostalgie.
Pourquoi ai-je fait cet encart par les gnostiques ? C'est pour dire qu’il y a du spirituel dans la nostalgie, que ces instants sont précieux, comme des trésors, ils sont des ouvertures.
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