La nuit

Elle est si constante, la nuit. Les jours se multiplient, chacun différent, avec à lui son histoire. La nuit apaise, voile noir posant son réconfort. Elle invoque à nos côtés souvenirs et fantômes, nous invitant à mieux les voir, les yeux clos, sombrant dans le sommeil.

Un sujet certainement rabâché que celui de la nuit. Il y aurait de quoi écrire un livre, de quoi tenir un site. De quelle partie de la nuit parler, alors ? De la mienne certainement, sans démonstrations, sans autre support que ma propre nuit. J'écris, à la fenêtre « le Soleil se noie dans son sang qui se fige », noircissant le ciel. Des bribes de flûte me parviennent, montant du Zoukalo.

J'ai eu une période astronomie, je montais sur le champ ou j'allais par les chemins, quittant la maison quand l'heure était noire. Je me souviens la constellation du cygne qui révèlait dans de mystères dans la lunette, et Cyrius donc je saisissais immédiatement la lueur changeante. Ce que j'ai préféré dans ces sorties, je le comprends maintenant, c'était la nuit. Je me l'imagine pénétrant la demeure, au dedans valse la pièce à la flamme d'une bougie, et valsent ses ombres mouvantes, faisant des recoins que nulle lumière ne viendra éclairer. La nuit apparaissent des ombres invincibles. Ombre où tout peut disparaître, ombre de l'oubli.

Profitons de ne pas dormir, allons par les arbres gémissant, foulant les feuilles, voyant les fins nuages enlacer la Lune. Le vampire se lève dans sa tombe et nous suit sur ce chemin, ne froissant pas le sol, il nous suit, nous, il nous suit, fixant cet espace entre le col et la chevelure, peau sous-tendue. C'est d'ici et seulement d'ici qu'il se soucie. N'oublions pas qu'ici est un voyage en votre intérieur, que c'est vous ce vampire et que c'est vous allant son chemin, à sa merci. Le vampire plane, sous sa cape, fondant sur la nuit, il vous saisit par les épaules, vous projetant en arrière. Dans la bascule vous croisez son regard embrasé, les crocs fendent la peau, cet ici si sensible et vous sentez battre au dehors votre sang. Le vampire de son baiser se lie à vous. Vous, votre sang, êtes du vampire, vous partagez l'ivresse, et la douleur se mêle à l'envie, pente vers la mort, à la dernière goutte, douce langueur et intimes caresses. Une envie qui va, comme des mains frôlant le corps, comme des lèvres posées sur la bouche, comme un soupir à l'oreille, comme un alcool filtrant, ivresse immobile, nous caressant en ces endroits sensibles que nous seul savons, il irait là où se fait l'ombre en nous, là toucherait le baiser du vampire. Nous irions l'un à l'autre, et nous serions vampire nous-même, nous abreuvant de délices, de désirs des noirceurs de notre âme. Notre âme, ce diamant obscur aux inscriptions infernales.