Prisme
Couverture de Dark side of the moon, un faisceau blanc dans le triangle se divise en six couleurs.
Une fois que je levai les yeux en entendant la recercada, j'imaginai des ovales comme autant d'âmes, mauves, les unes proches des autres, parfois en s'entremêlant, faisant différentes teintes entre le rose et le violet. Les ovales, d'abord alignés à perte de vue, s'incurvèrent comme une coupole, tous tournés vers le centre, finement déformés en amandes, comme sensibles à une gravité très discrète. C'était seulement une image, incomprise. Les ovales, les âmes en amandes, ne furent bientôt plus que trente, comme les trente oiseaux du Mantic Uttair, tellement brûlés au feu spirituel qu'il ne reste plus que cendres de cendres d'eux-mêmes. Les trente oiseaux, les trente ovales mauves, regardent ensemble et dans le reflet de leurs trente âmes réunies, ils voient le Simorg. Ils, elles, regardent, se dirigent ensemble, donnent une version, un relevé chaque fois différent. Elles sont chacune d'un point d'une couleur du dégradé de l'arc en ciel, et en regardant ensemble un même point, le prisme se forme, allant des couleurs vers la ligne de lumière qu'elles suscitent, qu'elles invoquent, à l'envers.
Ce n'est pas un prisme dispersant les couleurs, mais un prisme polarisant la couleur en lumière. Un prisme tel que ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. En chaque âme un fragment, un reflet, une signature. Et les âmes réunies, en se polarisant, laissent apparaître. Qu'en penser de l'expérience spirituelle ? De belles formes et de beaux mouvements à l'esprit, j'imagine d’innombrables contemplations, des émerveillements, des résonances que j'ai connues comme autant d'harmonies du gigantesque contretent, dispersées à travers le temps par lequel le monde est si grand, en se polarisant, ces moments perdent leurs dissemblances, ne reste que le commun, la pureté de l'âme, et la lumière qui l'habite. Ainsi va le chemin de l'âme, par mille et un reflets.
C'est le moment de finir, mais tant pis. Les vampires. Car il en faut toujours un peu pour les vampires, car ce sont eux qui s'imposent à nous, surgissant de la nuit, nous pliant à leur langueur. Imagine une recercada, l'ombre répond à la lumière, l'ombre n'arrête pas la lumière qui la pénètre, et l'ombre reparaît au crépuscule. Le vampire, sensuel, subtile, océanique. Un jour où je questionnai mon cher cousin sur le sens de sombres cérémonies païennes, il me répondit que comme moi, comme nous, ils contemplaient une porte. A présent j'imagine une pièce de la coupole, des dissemblances du prisme, autour d'une porte qui s'ouvrira par l'ensemble des pièces du miroir. Le vampire et ses amis ont du spirituel, beaucoup de mocheté et de noirceur mais il y a du vrai, des branches du chemin. Il nous faut toutes les branches du chemin, tous les morceaux du miroir. Et le bien est plus difficile que le mal.
Licence :
6 tapisseries © 2024 de Aowashi Suzuki, notamment son contenu texte, est mis à disposition selon les termes de la licence Attribution-NonCommercial-NoDerivatives 4.0 International (fr : Attribution / Pas d'Utilisation Commerciale / Pas de Modification)

